C'est le bois de pays qui "est essentiel"!
Construire en bois brut, utopie ou avenir pour les bois de pays
Conférence de Thierry et Marie-France Houdart
Le 1er décembre 2005 à Batinov'Felletin (Lycée
des métiers du Bâtiment)
Auteurs de L'Art de la Fuste, Maïade éditions.
Au pays des maçons de la creuse, le bois deviendrait-il le roi?
C'est ce qu'ont dû penser les conférenciers surpris par l'importance
et l'intérêt de l'assistance. La salle de cinéma du
lycée des métiers du Bâtiment de Felletin était
pleine pour une conférence débat sur l'utilisation du bois
de pays, et notamment de la forêt résineuse plantée
depuis un siècle en Limousin, pour la construction en bois brut.
Thierry et marie-France Houdart rappelèrent d'abord comment
débuta leur activité de constructeurs artisans, puis de formateurs
à la Combe noire, les raisons de l'utilisations du bois brut plus
résistant et surtout plus stable au séchage que du bois scié;
ils évoquèrent la découverte du potentiel extraordinaire
de ces jeunes forêts résineuses plantées depuis le
début du XXème siècle en limousin (mais aussi dans
d'autres régions de France, Gascogne, Morvan, Sud-Est…) qui a motivé
leur passion, et la recherche de techniques adaptées (empilage,
colombage) à l'utilisation de cette matière première.
Pour mieux faire comprendre les problèmes de qualité
de bois d'œuvre recherché, les conférenciers firent un petit
retour historique , montrant que le bois de qualité que nous
recherchons, n'est pas seulement lié au climat, à la qualité
du sol, à la sélection des provenances… mais surtout aux
hommes et à la sylviculture pratiquée… et également
aux orientations de la Recherche Forestière….
L'évolution notée depuis la tempête de l'an mil
paraît encourageante: favoriser la régénération
naturelle et le mélange d'essences résineuses et feuillus,
semble être la bonne méthode pour réconcilier les utilisateurs
de bois d'œuvre de qualité, et les forestiers soucieux d'améliorer
la qualité du sol et donc l'avenir de leur forêt.
Dans une fuste, le bois brut joue à la fois le rôle de
structure , de remplissage des murs, d'étanchéité,
d'isolation, de support de la charpente. Le bois choisi doit donc répondre
à des critères de sélection nombreux, tant du point
de vue mécanique (résistance en compression transversale,
en flexion et en compression axiale), que biologique (vis-à-vis
des insectes et champignons du bois), que thermique (des bois légers
sont plus isolants et on un effet de masse thermique supérieur).
La forme de fûts utilisés a bien sûr une incidence
directe sur la construction elle-même. Des bois trop courbes, trop
mal conformés, trop branchus ou trop décroissants (coniques)
seront mal adaptés à la réalisation d'une fuste. Enfin
la maturité des arbres est aussi un élément fondamental
de sélection des bois. Des arbres trop jeunes (moins de 40 ans)
contiennent une proportion trop élevée de bois juvénile,
peu résistant et à fort retrait.
Enfin le comportement des bois au séchage (retrait, déformations)
a une incidence directe sur la qualité de la construction et doit
être un critère important de sélection des bois : Les
bois à fibre torse ou vrillée, les bois juvénile ou
trop tordus à fort retrait seront évités.
De nombreux forestiers sont réceptifs aux besoins de qualité
des fustiers.
Dans une seconde partie, T. et MF. Houdart abordèrent la construction
en bois brut du point de vue de son insertion dans l'environnement architectural
d'une part, et écologique d'autre part.
La construction en bois brut a une grande souplesse d'utilisation pour
la conception architecturale. Les bois peuvent être empilés
et entrecroisés aux angles, ils peuvent rester ronds ou être
équarris ou façonnés. Le bois brut permet de réaliser
des structures à colombage où l'espace entre poteaux pourra
être rempli de bois mais aussi d'autre matériaux, torchis
isolant enduit.., pierre. C'est un procédé souple capable
de s'adapter à des contextes architecturaux variés. Les réalisations
de jeunes architectes présentées au cours de cette conférence
en furent le témoin. Nous sommes loin des stéréotypes
dont est parfois affublée la maison en bois massif.
D'un point de vue écologique, le bois massif a des atouts sans
comparaison :
-C'est une matière première renouvelable qui n'a utilisé
que l'énergie solaire pour être produite et qui est largement
sous-exploitée en France (la récolte de bois est inférieure
à la moitié de l'accroissement biologique de la forêt
française).

-Le carbone stocké dans 1 m3 de bois correspond au carbone émis,
sous forme de gaz carbonique par la production de 1 tonne de ciment. La
maison en bois brut est de loin le plus efficace moyen de stockage
durable du carbone. Elle ne génère quasiment pas de déchets
car plus de 90% de la grume est utilisée en bois d'oeuvre dont le
carbone restera stocké durablement!
- L'énergie nécessaire pour construire une fuste est
très réduite, car la technique est artisanale ; quant
à l'énergie nécessaire pour chauffer une fuste, ceux
qui ont la chance d'habiter une telle maison sont intarissables sur leurs
économies de chauffage. Le bois est un bon isolant, et sous forte
épaisseur, c'est un mur hautement isolant qui respire naturellement,
mais on ignore souvent que le bois a un comportement exceptionnel en système
dynamique (lorsqu'il y a des variations de température), c'est ce
qu'on appelle la diffusivité ou effet de masse thermique,
source de bonus thermique important dont ne tiennent pas compte les normes
françaises en vigueur - Réglementation Thermique (RT2000)
; il est vrai que la France commence seulement à s'intéresser
à la construction en bois massif (seulement 1000 maisons construites
en 2005 en France). On lira avec intérêt le dossier "The
Energy Performance of Log Homes" du Log home coucil, USA, où
les normes thermiques tiennent compte de l'effet de masse thermique depuis
les années 1980! (Un exemple à méditer par ceux qui
sont chargés des normes de Réglementation Thermique RT.)
(lire également dans l'Art de la Fuste cahier 3 p. 66 à
74 et cahier 1 p.69 à 76 ) (autres liens
sur l'effet de masse thermique)
Enfin, avant de s'octroyer un label de qualité écologique,
il convient de s'informer sur l'énergie qui a été
nécessaire pour transporter un produit. Construire avec du bois
qui a été véhiculé par camion (polluant
et gros consommateur de gas-oil) sur 3000 kms voire plus, est un non sens
écologique. Il convient de le rappeler.
Une maison en bois sera écologique si, et si seulement, elle
est construite avec du bois de pays. Alors, comme dit le slogan du CNDB
et des importateurs de bois….du Nord, "oui, le bois c'est essentiel"….
Et nous nous permettons de rajouter "le bois de pays est encore
plus essentiel"!
Enfin avant de conclure, Thierry Houdart rappela les atouts économiques
des la construction en bois brut …avec du bois de pays : Elle permet la
création d'entreprises artisanales en zones rurales. 100 m3 de bois
brut générent 1 emploi dans l'artisanat en bois brut alors
qu'il faut plus de 2000 m3 de bois brut pour créer un emploi en
scierie. En outre, le marché du bois est un atout, le matériau
est abondant (la production de Douglas va doubler dans les 10 prochaines
années). Le prix des bois a été divisé
par 3 en près de 30 ans, alors que toutes les autres matières
premières sont à la hausse.
Il est donc temps de valoriser sur place un bois local abondant. La
construction en bois brut n'est pas une utopie, elle est une chance pour
nos forêts...
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