BSTCBConstruire en bois brut et matériaux naturels

Le Mélèze et la construction
de maisons en bois massif




 
 

Introduction : qui sommes-nous ? 
 

La Sarl Les Bois de la Combe Noire est une entreprise artisanale, créée en 1980 en Haute-Corrèze à Lamazière-Basse par Thierry et Marie-France Houdart. Son activité principale est la construction de maisons en bois massif, utilisant la technique de construction en rondins bruts, dite des "fustes" ajustées. Ce mode de construction dans lequel le bois conserve sa forme naturelle, celle du tronc ou "fût" , s'est avéré particulièrement bien adapté à l'utilisation de bois résineux de pays, de qualité et de conformation très diverses.
La création de cette entreprise a marqué le point de départ du renouveau et du développement actuel de la construction en rondins bruts en France. Depuis 20 ans,
T. et M.F. Houdart ont construit dans toute la France de nombreuses maisons de bois brut, résidences secondaires ou principales ainsi que plusieurs bâtiments ouverts au public (restaurants, hôtel...).

L'Association "Bois Sacré TCB", qu'ils ont lancée en 1993 pour répondre au développement de ce marché, est ainsi à l'origine de la naissance de plusieurs petites entreprises artisanales indépendantes de construction de fustes et forme également des autoconstructeurs.
Cette association diffuse cette technique de construction en rondins bruts par des publications (4 cahiers techniques "L'Art de la Fuste" ),* des videos... ; elle organise aussi des stages de formation continue, et a mis au point un outillage spécialisé (compas-traçeur à niveaux).
 
 


La construction de fustes en bois brut : une technique artisanale rénovée

De toutes les techniques de construction en bois, celle des fustes, qui utilise le tronc ou fût sous sa forme naturelle, est l'une de celles qui évite le passage obligé par le sciage, et donc les risques possibles de déformation inhérents aux pièces de bois équarries, dont l'orientation du débit par rapport aux limites des cernes peut provoquer des déformations, surtout lorsqu'il s'agit de scier des bois mal conformés, coniques, à fibre torse ou branchus.
Le bois utilisé sous sa forme naturelle évite ces problèmes.
On comprend bien, dés lors, que la construction de fustes est particulièrement bien adaptée à des bois de qualité variable tels que la forêt résineuse française peut en produire dans sa diversité.
Dans ce type de construction, chaque bois conserve en effet sa forme, ses courbures et sa décroissance ; il vient seulement s'ajuster sur le bois précédent, et une simple gorge va être découpée sur la partie inférieure de chaque fût, dont les arêtes vont venir épouser la forme du bois inférieur. Ainsi sera formé un mur de bois d'une bonne étanchéité, qui ne demandera aucunement d'être doublé : le bois restera apparent à l'extérieur comme à l'intérieur. Par leur section (bois de 30 cm de diamètre environ), les fûts apportent aux murs toute leur solidité et un haut pouvoir d'isolation et de masse thermique.
Comme toutes les techniques de construction en "bois empilé", celle des fustes ajustées n'échappe pas au problème de séchage du rondin, qui doit être naturel et lent pour éviter les fentes, et à celui du retrait du bois, c'est-à-dire à la diminution de son volume en séchant (le séchage des bois sur pied, ceinturés pendant quelques mois, mériterait d'être pratiqué davantage car il permettrait de réduire fortement ce délai de séchage).
En se stabilisant, les murs de ce type de maison vont se "tasser", et un certain nombre de dispositifs doivent permettre le libre jeu des bois (espace de tassement pour les menuiseries, assemblage d'angle compensant le retrait, coulissage des chevrons...)
S'il est plus facile de construire avec des bois de bonne rectitude et de faible décroissance, on peut néanmoins parfaitement construire une fuste avec des bois de "caractère", aux formes tourmentées, qui auraient difficilement trouvé un débouché dans la construction industrielle en bois qui, elle, réclame des bois de qualité constante. L'utilisation du tronc entier, écorcé et non équarri, permet d'obtenir un haut niveau d'isolation et réduit les problèmes d'entretien ; les bois ne sont pas lasurés, car le cambium reste apparent, et prennent une patine naturelle.

Les atouts de la construction de fustes en bois brut

- une demande croissante du public pour un habitat en matériaux naturels ;

- une technique artisanale à laquelle la modernisation et le développement de la technique d'ajustage "bois-sur-bois" apporte un nouvel élan ;

- une production forestière abondante et adaptée qui permet d'utiliser tous les bois résineux de pays.

- une technique qui répond aux problèmes de sauvegarde de l'environnement : la maison en bois brut, la fuste, permet, de toutes les types de construction en bois, le plus important stockage de carbone , car les bois, qui n'ont pas eu à subir les pertes importantes liées au sciage et au rabotage, conservent toute leur masse. Elle est par ailleurs la plus économe en énergie par son bilan global, tant pour la fabrication de la maison que pour son chauffage. La masse thermique du bois massif vient améliorer l'isolation naturelle de ce matériau (cf : "The energy economics and thermal performance of loghouses" , par D.Muir et P.Osborne) ;

- une structure qui se prête bien à l'implantation de petites entreprises artisanales en milieu rural, car :

. elle demande peu d'investissements

. elle est fortement créatrice d'emploi.

Une entreprise de construction en bois brut apporte de loin la plus forte valorisation au bois : avec 1 franc de bois brut sur pied, la scierie produit 4 francs (source : La forêt française et son bois au seuil de l'an 2000 , de Didier Lorette, Ed. CRDPA) et la construction en bois brut environ 20 francs, ce qui représente une valeur ajoutée 5 fois supérieure à celle apportée par le sciage. Par ailleurs, quand le sciage crée 1 emploi pour 1800 m3 de bois, la construction en bois brut en crée potentiellement 18 fois plus, soit 1 emploi pour 100 m3 de bois
 

Le mélèze que nous utilisons :

Depuis 20 ans, l'entreprise "Les Bois de la Combe Noire" utilise uniquement du mélèze du Limousin, exploité en Corrèze ou en Creuse, du mélèze du Japon ou hybride, plus rarement du mélèze d'Europe. Cette essence est utilisée pour le gros-oeuvre (les murs) et la charpente, sous la forme de fûts ajustés, et également en plafonds et en habillage de menuiserie sous forme de sciage raboté.
Le choix de cette essence a été déterminant dans la création de cette entreprise : dans les Alpes, on constate que toutes les régions où abonde le mélèze d'Europe sont des régions de maisons en bois, que ce soit dans le Valais, le Haut-Adige, le Val d'Aoste, le Tyrol, les Sudètes ou en France dans les vallées de la Clarée, de la Tinée, de la Vésubie ou encore dans le Queyras célèbre pour ses villages de fustes. Dans ces régions, la longévité des maisons existantes, qui peut atteindre 4 à 5 siècles, est la meilleure preuve de l'exceptionnelle résistance de ce "chêne des montagnes" ; elle tient pour l'essentiel à la durabilité naturelle de son duramen, de couleur rouge orangée, et à la très fine couche extérieure d'aubier.

Dans le Limousin, le mélèze du Japon est une essence secondaire par son importance (moins de 5% des boisements) ; mais la Corrèze est le département français qui est le plus boisé en cette essence avec près de 2700 Ha, suivi par la Creuse. En 1975, ce bois, réputé difficile à scier, était peu recherché par les scieries et son prix se situait au niveau de celui du pin sylvestre.
La comparaison de ce mélèze du Japon avec celui d'Europe (des Alpes) est intéressante. Dans le Limousin, les parcelles de mélèze existantes sont souvent de petites dimensions ; les plantations présentent de larges espacement et sont rarement éclaircies. Les arbres offrent une conicité très acceptable (une dmm de l'ordre de 1 cm), inférieure en moyenne, semble-t-il, à celle de son cousin des Alpes. Son bois rouge, plus tendre, est en général considéré, en l'absence de toute confirmation scientifique, comme étant aussi résistant aux insectes et aux champignons que le mélèze d'Europe.
Sa densité moyenne, proche de 450 kg/m3, est très inférieure à celle du mélèze d'Europe, bois dense et lourd, mais reste d'une grande variabilité selon sans doute la provenance, la station et la pratique sylvicole. On constate, dans le Limousin, de grandes différences dues à l'altitude de la station, - entre plaine et moyenne montagne en Corrèze par exemple.
Quant à sa rectitude, elle est également très inégale : le tronc présente souvent, en plus de la courbure du pied de l'arbre, une ou plusieurs flexions, et donc un grand pourcentage de bois de compression susceptible de provoquer de fortes déformations en raison de ses caractéristiques de retrait. Ce bois demandera donc un gros travail de triage pour fournir les pièces de bois longues et bien droites nécessaires dans la construction d'une maison en bois massif, comme les linteaux ou les pannes ; les tronçons les plus tordus pourront être réservés aux pièces courtes. En choisissant le mélèze pour construire des fustes, il a fallu adapter quelque peu la technique à ce bois "de caractère", mais le résultat n'en est que plus intéressant.

Les premières constructions réalisées nous ont rapidement montré qu'une proportion importante de ces mélèzes était vrillée, principalement à gauche. Cette vrille, ou "fibre torse", est difficilement décelable sur pied ; elle rend le sciage difficile et provoque des déformations au séchage et de plus accentue le retrait en longueur. La proportion de vrille à gauche est nettement plus élevée que la vrille à droite ; et les bois vrillés "à gauche" sont les plus sensibles aux déformations lors du séchage.
Utilisant ce bois en grandes longueurs (en général 6 à 8 m et parfois jusqu'à 11 m), les constructeurs de maisons en bois massif, eu égard aux normes de construction qu'ils doivent observer, doivent apporter une grande attention à ce problème de vrille. Suivant l'inclinaison de la fibre, un bois faiblement vrillé à gauche ne pourra trouver sa place dans une maison que s'il est bloqué par du poids : on devra le placer, par exemple, dans le bas de la maison.
 


Les mélèzes que nous recherchons :
 

    - Ce sont des bois de faible décroissance, de bonne rectitude tant du fût que du fil, et dont la couronne d'aubier est la plus réduite possible, car ce bois blanc est fragile et doit être traité.
    - L'exploitation des bois doit se faire hors sève, sans ébranchage ni écorçage mécanisés, pour éviter d'abîmer le cambium.
    - Les bois doivent être exploités à maturité. La courbe de croissance du mélèze a tendance à s'infléchir très tôt et incite parfois des propriétaires à couper des bois trop jeunes "parce qu'ils ne poussent plus". La connaissance des phénomènes de maturation à l'intérieur du bois sur pied et les différences de qualités physiques et mécaniques entre le bois juvénile et le bois adulte mériteraient d'être mieux connues par les producteurs de bois.
    - La faible largeur des cernes est également un facteur décisif de choix pour un constructeur de maisons. A preuve du contraire, "les cernes fins" restent l'un des meilleurs critères de choix d'un bois résineux. L'épaisseur de la couche de bois final, le bois dense et résistant, est quasi indépendante de la largeur d'un cerne. L'effet essentiel de la croissance rapide "en diamètre" d'un bois résineux est de produire du bois initial plus tendre et moins résistant que le bois final. Dés lors que l'on admet qu'une maison en bois massif doit durer..."des siècles", il est normal que le constructeur recherche les bois les plus solides, les plus faciles à usiner, les plus beaux et les plus capables de résister à l'érosion du temps ; ce sont les bois qui auront poussé le plus lentement ...en diamètre, et qui sont aussi les plus cylindriques. Il ne s'agit pas d'un effet de mode, mais d'un fait.
    La recherche génétique semble capable de sélectionner des souches de mélèze où l'écart de densité entre les bois initial et final est réduit. Par ailleurs, si la sylviculture n'est pas le facteur principal de la croissance radiale des arbres, elle peut y contribuer si elle est trop intensive. Il convient sans doute de ne pas éluder le débat, sans négliger le résultat économique pour le sylviculteur : faut-il favoriser la croissance des bois en épaisseur par une sylviculture intensive, si c'est aux dépens de la qualité du bois? Le bois de mélèze à accroissements fins et réguliers est des plus recherchés par les utilisateurs. Cette essence, capricieuse pour son utilisateur, mérite peut-être de recevoir une "sylviculture spéciale", adaptée à une essence noble et tournée vers la production de bois de haute qualité, dont le prix pourra être très rémunérateur pour le propriétaire.
     
     

Quel avenir pour le mélèze?

 
    De tous les bois résineux de ce pays, le mélèze est sans conteste le plus durable. La résistance naturelle de son duramen rouge aux insectes et aux champignons, est son principal atout : les essences de bois naturellement durables sont de plus en plus recherchées, dans la mesure où elles évitent un traitement chimique tant redouté par un public en quête de produits naturels. Or aucun texte ni information technique officielle n'indique que le bois rouge du mélèze ne demande pas de traitement. Une lacune importante doit être comblée si l'on veut promouvoir ce bois exceptionnel.

    Le mélèze est une essence noble et rare qui jouit d'une grande valeur symbolique dans le public. Sa valeur économique est aussi très grande : elle a atteint, pour le mélèze des Alpes, des niveaux de prix parmi les plus élevés pour du résineux. L'exemple du Limousin montre qu'en 20 ans le mélèze du Japon est passé du prix du pin sylvestre à celui du douglas et le dépassera sans doute. Le mélèze de reboisement de plaine et moyenne montagne a trouvé sa place sur des marchés prometteurs, à forte valeur ajoutée. Voilà sans doute l'un des meilleurs arguments que peut présenter un acheteur de mélèze au propriétaire forestier, pour l'inciter à planter cette essence, et à produire des bois de qualité.

    Mais il faut ajouter aussi, que lors de la récente tempête de décembre 1999 qui a gravement touché la forêt française, le mélèze a, une fois de plus prouvé sa résistance à des vents de force exceptionnelle. Certes, il était dépouillé de ses aiguilles lors de cette tempête et a donné moins de prise au vent, mais son enracinement, et sa capacité de flexion lui ont permis de résister là où d'autres résineux étaient cassés ou couchés. Voila une raison de plus pour s'intéresser à ce mélèze.
     


 

Thierry Houdart 
Avril 2000 

 cet article sera publié dans l'ouvrage collectif -le Mélèze-IDF-
 
 
 
 

* T. et MF Houdart sont les auteurs de l'ouvrage "L'Art de la Fuste" , comprenant 4 cahiers techniques, édités par l'Association Bois Sacré T.C.B, 19160 Lamazière-Basse, tel 05 55 95 88 31 
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